Jardiner avec les pros d’ici

Publié dans Articles Gaspésie , par VIRGINIE TURCOTTE

Croquer dans une carotte sucrée qui sort du jardin,  préparer un sandwich garni d’une tomate mûrie au soleil, savourer une laitue bien fraîche… difficile de trouver des plaisirs  plus grands que ceux offerts par les récoltes estivales.  Pour beaucoup, l’été se goûte littéralement : il se vit à travers les produits frais de nos maraîchers locaux, disponibles  à la ferme, dans les marchés publics et même dans les  supermarchés. Pour d’autres, l’été a encore meilleur goût lorsque le bonheur de manger sainement se conjugue avec celui de mettre les mains dans la terre et la satisfaction  de récolter ce que l’on a fait pousser.

Mais par quoi commencer si l’on veut avoir son propre potager ? Quelles sont les astuces pour bien démarrer ? Les erreurs à éviter ? Nous avons demandé à des spécialistes du maraîchage de la région de nous donner quelques conseils. Caroline Charrette, de La Sablonnée, ferme sur mer (Sainte-Anne-des-Monts), et Georges-Antoine Boudreau, de la Ferme  La Chaleureuse (Carleton-sur-Mer), ont accepté de se prêter au jeu.

LÀ OÙ LA LUMIÈRE RENCONTRE LA TERRE

Les pouces verts sont tous d’accord sur ce point : l’emplacement le plus  prometteur en agriculture est sans conteste celui qui permet le  maximum d’ensoleillement avec un minimum de vent. La plupart des légumes aiment se faire dorer par les rayons du soleil de 6 à 8 heures  par jour. C’est le cas des tomates, poivrons, aubergines, concombres  et de la plupart des fines herbes. Ceux qui s’accommodent de la mi-ombre, c’est-à-dire d’un minimum de 4 à 5 heures de soleil, sont les légumes feuilles (laitues, épinards, roquette, bettes à carde), choux, pois et haricots. Et les moins exigeants, comme les légumes racines (carottes, betteraves, radis, panais), peuvent tolérer l’ombre, mais  retenez que, plus vous leur donnez du soleil, mieux ils produisent. Avoir un potager dans un emplacement venteux est toutefois possible,  comme en témoigne Caroline Charrette, de La Sablonnée, située en  bordure de mer. Son astuce : choisir des végétaux appropriés à cette situation, solides, n’ayant pas besoin d’être tuteurés. Ainsi, dans ses champs exposés aux vents, on trouve des pommes de terre, des carottes, des oignons, des betteraves, des haricots nains, etc. Les plants plus fragiles, eux, sont cultivés sous abri.

« ÊTRE JARDINIER, C’EST D’ABORD ÊTRE OBSERVATEUR »

Le sol est votre allié. Un sol où poussent plantain, prêle des champs et chiendent est signe de compaction. Il est préférable de ne pas y tenter la culture de carottes, note Caroline. À moins, dit-elle, de créer une zone meuble en ajoutant suffisamment de terre à jardin et de compost en hauteur : « Faire un potager en billons, faire des planches légèrement surélevées, ça va toujours donner un meilleur résultat. Le réchauffement  de la terre va être plus rapide, le drainage meilleur. »

La présence du chénopode (choux gras) indique de son côté un sol bien riche, adéquat par exemple pour les plants de tomates, gourmands en éléments nutritifs. Retenons donc une règle d’or qui vaut partout en jardinage : la bonne plante au bon endroit. Cela peut éviter beaucoup  de déceptions au jardinier amateur. Georges-Antoine Boudreau, de  La Chaleureuse, suggère même judicieusement de faire analyser le sol en laboratoire à ceux qui ne veulent vraiment pas se tromper, afin de procéder aux bons amendements et d’ajuster le pH avant de faire les plantations.

Georges-Antoine et Caroline, sans s’être consulté·es, partagent une recommandation commune en matière de démarrage de potager :  l’occultation du sol. Cette pratique « limite le travail à faire la première année du potager », nous dit Georges-Antoine. L’idéal, selon Caroline, est de « commencer à travailler le sol à l’automne, d’ajouter terre et  compost et de recouvrir avec une toile [pour avoir], l’année suivante, un beau coin, désherbé et préservé des semences de mauvaises herbes ! »  Et, poursuit-elle : « La terre, on ne retourne plus ça comme avant, c’est une ancienne méthode et ça dérange l’activité microbienne et les  micro-organismes. L’idée est d’aérer le sol, oui, mais légèrement, à une profondeur d’environ 6 pouces, avec une fourche par exemple. Ensuite on peut mélanger 6 pouces de terre et de compost. »

QUOI CULTIVER… ET QUOI ÉVITER ?

Quand on demande à Georges-Antoine son meilleur conseil à donner à un jardinier néophyte, il répond que c’est d’« avoir un plan de jardin au lieu d’y aller à l’instinct ». Planifier sa plantation et l’orientation du  potager selon le soleil permet d’éviter plusieurs erreurs, comme celle de mettre des plants avides de soleil à l’ombre de plants plus grands  ou d’envisager des végétaux qui deviennent immenses (des courges ou  des courgettes) dans des potagers trop petits pour les contenir, nous dit-il. Georges-Antoine insiste aussi sur l’importance de choisir des cultivars adaptés à sa région au moment de la commande des semis – l’offre est variée, mais tout ne pousse pas n’importe où ! – et d’avoir de beaux plants vigoureux au moment de les transplanter.

Et même si cela peut paraître futile de le mentionner, optez pour des légumes que vous avez l’habitude de consommer et prévoyez-les en quantité adéquate pour votre famille (et pour les quelques ami·es avec qui vous les partagerez…). « Ne plantez pas de vivaces envahissantes dans votre potager; vous allez vous en mordre les doigts jusqu’à la fin de vos jours ! Notamment, la menthe. Hé que c’est délicieux ! Mais dans votre potager, c’est non ! rigole Caroline. Les plantes médicinales, c’est formidable, mais c’est souvent indigène et ça pousse partout ! Idéalement pas de vivaces dans le potager. Même les fraisiers, attention ! »

UN SOL NOURRI ET BIEN HYDRATÉ  POUR DES PLANTS EN SANTÉ

Les jardiniers disent du compost qu’il est leur « or noir », et ce n’est pas anodin. Le compost (marin, forestier ou de fumier) est capable de transformer une terre pauvre en un sol vivant et fertile, lui permettant de retenir l’eau et de nourrir les racines des végétaux à long terme.  Il encourage carrément vos plantes à pousser, et ce, de manière naturelle ! Caroline nous suggère de « mettre du compost lors de la plantation et d’en remettre tout au long de la croissance, mais d’arrêter quand ça fructifie, sinon ça fait beaucoup de feuilles ».

Elle nous rappelle du même coup que « l’arrosage, c’est le nerf de la guerre ». Il ne faut pas noyer les plants ! « Des fois, précise-t-elle, un  arrosage par jour, ça peut être trop pour certaines variétés de légumes. Mettez votre doigt dans la terre : si c’est encore humide, pas d’arrosage ! Ça aide les plantes à devenir plus résistantes. » On doit s’adapter au  climat. Plus un plant est gros, plus il boit, surtout en période de  canicule, où on peut arroser jusqu’à deux fois par jour, selon l’ensoleillement du potager. Caroline indique qu’on « arrose idéalement le matin, parce que le processus d’évaporation de la plante se fait pendant la journée, et arroser le soir peut favoriser des maladies fongiques ».

CHAQUE SAISON APPORTE SES LEÇONS

Rappelez-vous, futurs adeptes de potagers : ce n’est pas parce qu’une  année, les concombres n’ont pas poussé que vous avez mal fait quelque chose. C’est peut-être tout simplement que la météo n’était pas de votre côté. Travailler avec du vivant, c’est vivre avec les aléas de mère Nature. Ne vous découragez pas après votre première tentative : jardiner, c’est expérimenter. Georges-Antoine fait justement remarquer qu’on peut prolonger la saison des récoltes avec des légumes qui se récoltent aussi sous la neige, tels que les carottes, épinards et choux frisés… Et si vous vous lanciez ?

UN ARTICLE DE VIRGINIE TURCOTTE, RÉDACTRICE EN CHEF